Labocity2

Le blog dont tu es le héros !

02 janvier 2008

Episode 20, par ? - "Le chat"

Elle marchait dans l’ombre épaisse de la forêt depuis longtemps. Elle ne savait plus rien. Tous ses souvenirs avaient disparu. Son corps la faisait souffrir, elle titubait, épuisée. Le chat réapparaissait de loin en loin, comme s’il la tirait en avant. Ils débouchèrent enfin sur un espace dégagé où un mince fil d’argent sinuait dans un mouvement indolent – un ruisseau. La jeune femme se jeta à plat ventre et forma une coupe avec ses mains, buvant avidement. Sa soif étanchée, elle laissa la surface de l’eau s’aplanir peu à peu, et observa son reflet. Elle ne le reconnut pas. Ses cheveux noirs étaient coupés au carré, sa peau mate et ses yeux en amande. Elle portait une chemise de nuit déchirée, son bras droit portait la trace d’une piqûre d’aiguille.
Une folle en balade ? Une junkie évadée ? Comment savoir.
Un miaulement la tira de ces pensées amères. Le chat. Elle jeta un regard au loin. Là-bas, le ruisseau se changeait en rivière. Elle se releva et, longeant le cours d’eau, reprit sa route.

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21 décembre 2007

Episode 19, par Chinue - "Eveil"

A l’aube, Beirut* avait franchi la porte de la demeure de Chinue. Sans attendre, Eugène s’était effacé, silencieusement, comme une ombre, et quand la jeune femme s’était tournée vers lui, ouvrant la bouche pour dire quelque chose, il avait déjà disparu.
Dans l’obscurité des arbres, caché aux regards par une branche touffue, il observait maintenant la cabane. Ses pensées voltigeaient devant ses yeux comme des papillons. Il savait qui il était.
Un bruissement interrompit sa méditation. Eugène cligna des yeux et les papillons de ses chimères se désagrégèrent dans un souffle. Quelqu’un sortait. Oona.
Pris d’un pressentiment, Eugène se mit à la suivre. C’était l’aube, et la pénombre encore lourde lui permettait de se dérober aux regards de la jeune femme. Il marchait aussi vite que le lui permettaient ses vieux pieds nus pour suivre la marcheuse au pas décidé. Au détour d’une branche au feuillage encore lourd d’humidité, Oona se retrouva face à une paroi verticale, chaotique, à la couleur de craie, trouée par une porte en béton, détail incongru en ce lieu. Une grotte. La jeune femme s’engouffra à l’intérieur. Eugène se figea. La grotte. Cet antre immaculé qui avait caché aux regards, avec l’aval du Laborat, ses expériences génétiques honteuses pendant des années. Des années… Oui, il se rappelait.
Une exclamation, un cri de femme retentit soudain dans la grotte.
Pris d’un sursaut, le vieil homme se baissa pour ramasser la première arme qui lui tombait sous la main – une grosse pierre – et se rua à l’intérieur. Eugène savait qu'un infâme soldat du Laborat oeuvrait dans ce centre d'expériences. Oona était peut-être en danger...
Il était Eugène. Eugène Plücke. Et il était hors de question qu'il laisse cette expérience nauséabonde se poursuivre.

*

A plusieurs kilomètres de là, Chinue avait pris une décision. A présent qu’elle doutait des intentions de l’Esprit, son prétendu guide depuis si longtemps, elle voulait en savoir plus sur la raison de la présence sur son territoire de ces femmes, de ce garçon – et de cette petite fille. L’étrange lumière qui avait déchiré la nuit quelques heures plus tôt l’inquiétait encore plus. Tous ces changements ne lui disaient décidément rien qui vaille. Si les autres faisaient l’expérience de l’Eveil, peut-être cela leur permettrait-il de comprendre le but - ou la cause - de leur venue ici ?
Elle jeta un regard à ses hôtes qui, le regard encore embrumé, émergeaient peu à peu et s’asseyaient les uns après les autres sur leur couche basse, les genoux relevés ou les jambes en tailleur, observant l’intérieur de la maisonnette. Rose, Arthélie, Vigo, et Beirut* - la nouvelle venue de la nuit. Seule Oona manquait à l’appel. Tant pis, Chinue ne voulait pas attendre. Elle sortit d’un recoin de la hutte un sucrier en fine porcelaine blanche, orné de fleurs d’un bleu profond - vestige d’un père absent et inconnu. Y puisant cinq doses de pistil, elle commença sa préparation.
D’abord, elle broya méticuleusement une poignée de fibres végétales à l’aide d’un pilon en bois. Puis, elle vida la substance poudreuse obtenue dans une coupelle de terre cuite, qu’elle fixa sur un support au dessus de l’âtre. Tournant la tête, Chinue sourit à la petite Rose qui frottait avec ses poings des yeux gonflés de sommeil, et elle reprit sa surveillance du feu. La chaleur des flammes produisit bientôt une réaction chimique sur la poudre de fleur et une épaisse fumée aux teintes roses et prune envahit l’atmosphère confinée de la petite maison de bois, tandis qu’un lourd parfum envahissait la pièce.
Chinue ferma les yeux et en inspira une bouffée, résistant avec difficulté à l’envie de s’abandonner.
Elle se tourna vers les autres et, alors qu’elle commençait à ressentir une sensation étrange au creux de son ventre, elle les invita à se lever.
Chinue prit la main de Rose et celle d’Arthélie, à qui elle fit signe de faire de même avec Beirut* et Vigo, formant une ronde.
Alors, insensiblement, les murs de la cabane enfumée semblèrent se dissoudre. Tous regardèrent Chinue, les yeux remplis d’incompréhension, et d’une légère crainte. Seule Arthélie, un sourire indéchiffrable aux lèvres, n’eut pas l’air surprise. Les murs et le toit disparurent et un flottement s’empara d’eux. Sinuant tels des volutes de fumée, ils s’élevèrent dans les nuées. Et c’est à ce moment qu’ils s’éveillèrent.

*

Chinue ouvrit les yeux. Elle se trouvait à présent entourée d’un halo lumineux presque aveuglant. La main de Rose et celle d’Arthélie, qu’elle tenait il y a encore quelques secondes, laissaient place au vide. Elle tourna la tête à droite et à gauche. Elle était seule. Les contours se dessinèrent peu à peu. Un couloir. Chinue reconnut l’allée principale de la grotte blanche, celle-là même qu’elle avait empruntée la veille pour aller demander conseil à l’Esprit. Un son attira son attention. Comme une plainte. Puis un choc sourd. Elle marcha prudemment en direction du bruit. Elle avait l’impression d’être entourée d’un bulle floue qui la protégeait du monde réel, bien qu’elle sache qu’elle n’était pas vraiment ici, dans la grotte blanche. A mesure qu’elle avançait, elle devina des formes floues devant elle. Les ombres se précisèrent et elle reconnut Oona, recroquevillée par terre, hébétée. A côté d’elle, gisait un homme barbu, créature aussi pâle que la jeune femme - n’était le sang qui lui sortait du crâne à gros bouillons. Debout, un petit homme fripé tenait encore une lourde pierre tâchée de sang. Il regardait le corps inanimé, balbutiant des mots incompréhensibles. Chinue eut un mouvement de recul, et ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, elle se trouvait dans la cabane, allongée en chien de fusil sur sa couche. Son coeur battait la chamade.
Les autres, étendus comme elle, avaient les yeux ouverts, mais ils ne la voyaient pas.

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Volutes

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17 décembre 2007

Épisode 18, par Oona - "Double"

Les autres dormaient tous profondément à mon réveil, alignés parallèlement dans la demeure rassurante de Chinue. Chaque lit était occupé. Je sortis de ma poche la montre trouvée la veille dans la forêt : 5h30.

Une femme brune occupait le dernier lit près du mur. Elle était sûrement arrivée pendant la nuit. Sa longue chevelure noire me rappelait mon amie Beirut* et cette pensée me fendit le cœur. Où était-elle en ce moment, se portait-elle bien ?

La pluie ne tombait plus. Les éclairs de la veille avaient cessé eux aussi. Ils étaient assez fréquents ici et je ne m’en souciais plus car ils n’avaient, à ma connaissance, pas d’incidence. Je quittai silencieusement la cabane. Même si je n’étais enfin plus seule ici, je devais comprendre quel était cet endroit et pourquoi j’y avais été catapultée.

Des empreintes de pas formaient un chemin guidant vers l’épaisse forêt inhospitalière. Je l’empruntai, intrépide. Celui-ci me conduisit à une grotte blanche. A son origine, il y avait une petite porte surmontée d’un panneau lumineux grésillant, indiquant « Zone-test 3 ».
J’avais entendu ce nom auparavant.
Trop souvent.
Je poussai la porte qui s’ouvrit et me laissa entrevoir un long couloir éclairé par des néons aveuglants. Au bout de celui-ci, une nouvelle porte sur laquelle était écrit un nom : « Professeur Bartholomé Rubens Plücke ».
Mon sang se glaça.
Ce bureau où j’étais entrée tant de fois dans ma jeunesse était à nouveau devant mon oeil écarquillé.
Je connaissais cet homme, son métier, son obsession : tout me revenait violement en tête.
Petits, nous jouions ensembles dans cette même pièce, ou en bas de notre immeuble, près du Labo 12 désaffecté. Bartholomé disait toujours : « Quand je serai grand, je serai plus fort que le Laborat et je tuerai tous les méchants ». On riait beaucoup ensemble, jusqu’à l’adolescence où il commença à se passionner pour les sciences obscures et l’anatomie humaine, comme son père. A notre dernière rencontre, il y a 2 ans, il avait mis au point une technique de clonage humain et, avide de pouvoir, avait rejoint le Laborat.

Bartholomé n’était pas dans la pièce. Je ne pouvais pas croire ce que j’y voyais. Sur l’écran le plus à gauche, je me regardais endormie dans ma chambre. Sur ma table de chevet, le réveil indiquait 6h.
Il retentit.
Je m’observai me levant comme chaque matin. Mes cheveux étaient plus sombres et mon regard semblait vide.

Je m’enfuis. Je devais prévenir les autres de cette terrible découverte, mais je fus arrêtée dans ma course, dans le couloir blafard. Quelqu’un m’agrippait le bras.
Bartholomé.

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12 décembre 2007

Épisode 17, par Beirut* - "Dans les ténèbres…"

Il ne pleuvait pas encore et il n’y avait pas d’éclairs, mais un vent puissant traversait Isola en tordant les branches des arbres, prélude à l’orage qui approchait. Ils marchaient d’un pas pressé au travers de la forêt tandis qu’un cri de feuilles mortes à l’haleine de terre humide les poussait. Un bruit, inattendu, violent, fit sursauter Beirut* qui s’arrêta net, hésitant de poursuivre plus en avant.

- Ce n’est rien, dit le vieil homme en revenant sur ses pas. Le vent.

De gros nuages plombaient le ciel qui planait sur eux. La pluie ne tarderait plus.

Des lèvres charnues de la jeune femme s’échappa un spectre de buée. Elle semblait attendre, hésitante, ses yeux tentaient de percer la forêt. Soudain, les visages devinrent des signes, presque des mots, et les bouches s’ouvrirent en tremblant car dans les ténèbres environnantes rampaient lentement, à proximité, des créatures sans nom.

- Le temps presse mademoiselle… insista l’homme. Ne perdons plus de temps les autres vous attendent déjà…
- Les autres… Quels autres… ?!
- Ceux que l’Esprit de la Forêt a rappelés à ses côtés… ses… ses enfants !
- Mais de qui parles-tu ?

- De toi et des autres ! Tout à commencé à Isola et tout doit finir là-bas. C’est la destiné. C’est votre destiné à tous les 6…
- 6… ???
- Que te disent tes rêves… ? Ne t’ont-ils pas laissé entrevoir ce qu’il adviendra du passé comme du présent… ? Et ton tatouage… ne s’était-il pas modifié ces temps-ci… ?

Interdite, Beirut* dévisagea le vieil homme. La tempête hurlait comme une meute. L’homme la regardait. Elle s’obligea de rester attentive à ses paroles.

- Qui t’a parlé de mon tatouage… et de mes rêves… Qui es-tu à la fin… et que me veux-tu… ?
- Que tu changes le cours des choses Beirut*… Toi seule sait comment faire et tes songes de guideront si tu parviens à les comprendre à temps…

La nuit se dilatait. Cela faisait plusieurs heures qu’ils marchaient. Beirut* avait le sentiment qu’ils tournaient en rond. La pluie avait cédé le passage à la vigueur d’une tempête électrique qui rendait les silences terrifiants, et l’agonie de la lumière de la lune dissimulait chaque forme se mouvant au travers de la forêt.

Soudain, un rire de petite fille vient ensoleiller la demie obscurité dans tous les sens la joie de vivre, la vie dans son état pur, qui s’émerveille devant la rosée du matin.

- Nous y sommes Beirut*, à toi de guider leurs pas à présent…

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05 décembre 2007

Episode 16, par Rose - "Eclair de génie"

Rose fut réveillée en sursaut par une secousse soudaine. La cabane entière vibrait. Elle se leva précipitamment et courut vers Chinue, qui debout dans l'entrée, fixait la nuit. Rose s'agrippa aux jambes de la femme peinte et gémit : "Fais que ça s'arrête Chinouille. Ça me fait peur !" Chinue posa calmement sa main sur la tête de l'enfant terrorisée et tenta de murmurer quelques paroles apaisantes; mais elle-même inquiète, ses mots ne portèrent pas. Oona les rejoignit au dehors, alors que dans la cabane les deux autres se dévisageaient d'un air perplexe. Une lumière blanche naquit au loin dans la forêt, gagnant rapidement en intensité. En quelques secondes, tous et toutes furent aveuglés par une explosion blanche, puis aussi soudainement que cela avait commencé, le calme revint étendre son voile sur la forêt.

. . .

Au coeur des bois obscurs, un vieillard tout de feuillage vêtu courait comme un dément.
Inconscient de sa destination, il fuyait, en hurlant doucement sa folie aux plantes qui le frôlaient. Il faisait tout son possible pour garder les yeux ouverts. Car un simple clignement de paupières, et la scène qu'il avait vécue quelques dizaines de minutes plus tôt lui revenait en une succession d'images et de sensations trop intenses pour rester supportables. Il avait ouvert les yeux à la lumière; était-il désormais condamné à ne plus devoir les fermer ? Il sentait sa mémoire creuse le brûler de mille feux. Se pourrait-il qu'il retrouve son passé ? La fuite était sans aucun doute plus confortable que ce vide vertigineux auquel il se heurtait depuis tant d'années. Mais était-elle encore envisageable à cet instant ? Aucune, réponse. Pour ne pas se perdre plus avant dans la démence, il courait, fuyait les possibles.
Ses forces n'étant pas sans limite, il ralentit bientôt le rythme de ses pas... et trébuchant sur une racine éclose, chût dans un bruit sourd. Bien malgré lui, le choc lui fit fermer les yeux. Cette fois il ne put empêcher le souvenir de l'assaillir. Et dans une succession de lumières et d'images dansantes, sa mémoire reprit place en son esprit.

La terre n'avait pas bon goût. Il se releva donc, s'appuyant sur ses frêles bras tremblants et se remit en marche à pas lents. Sa fuite avait cessé.
Les troncs s'espacèrent. Les branches s'écartèrent, laissant apparaître une clairière sous les étoiles.
Il vit une jeune femme incroyablement belle sortir de l'orée de la forêt et avancer d'un pas hésitant - titubant - sous la lune.
Il s'avança à son tour et, quand elle le vit, s'inclina avec toute l'élégance que son accoutrement lui permettait.
-Vous ? murmura Beirut*. Mais qui êtes vous au juste ?

Le vieux eut un sourire, comme si cette question - à laquelle il pouvait enfin répondre - faisait office de miel sur sa tartine. Cette rencontre, il n'aurait su dire pourquoi, lui procurait un réconfort inattendu, alors même que son monde venait de se rouvrir en une méchante cicatrice.

-Je suis Eugène, répondit-il, je reviens de loin.

Comme Beirut* se contentait de sourire, intriguée, il se pencha vers elle, l'étudiant avec curiosité. Puis après quelques instants, lui demanda tout en se massant le menton :

-Pardonnez-moi, mais le temps presse mademoiselle... Il faut que je vous avertisse. Savez-vous où sont les autres ?

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Lumière blanche

lumiere_blanche

... par klb

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03 décembre 2007

Episode 15, par Vigo - "Retrouvailles"

Une perle de sueur ruisselait du front de Vigo. En plein cœur de la forêt, sans autre repère que la lune naissante, le jeune homme n’en revenait pas de voir un tel spectacle. Il décida de s’attarder un peu, non pas par peur mais par curiosité.

La panthère nonchalante, semblait protéger la hutte d’un contenu précieux. Et à en croire l’odeur émanant de la cheminée, il y avait de la vie là-dedans…

Fasciné par sa découverte, Vigo s’approcha en faisant craquer les brindilles et les feuilles mortes. L’ouïe puissante d’Oni ne l’y trompait pas. Même si par malheur elle n’avait rien repéré, par l’odeur, à cause de la brise montante, la panthère se leva prestement, sur le qui-vive.

« Oh non pas ça elle m’a repéré. » Vigo était tétanisé. Qu’allait-t-il advenir si le félin voyait en lui une proie  à se mettre sous la dent ?
Paralysé, fermant les yeux, il attendait. Quoi,  il ne saurait pas le dire…  Une étrange plainte aigüe, puis un éclat de rire, l’arracha de sa torpeur… Il ouvrit les yeux… Un minuscule petit bout de femme se tenait sous le félin et lui agrippait le cou avec tendresse.

«Oh gentil chat, comme tu es doux !!! »

Vigo, abasourdi, venait de se faire sauver la vie par cette gamine pas plus haute que trois pommes.  Entre les pattes de l’animal, cette fillette ressemblait à une poupée. Ses traits fins et sa couleur café lui rappelait bien quelqu’un. En y réfléchissant bien, cette petite poupée n’était autre que Rose !! Le jeune homme se sentait à la fois soulagé de voir un visage connu et en même temps perplexe… N’avait-il pas laissé la petite dans sa chambre stérile, la veille, après lui avoir conté son histoire du soir ?

La scène oscillait entre comique et danger,  même si l’animal paraissait docile, apprivoisé, et semblait chercher la présence humaine…
Un feulement presque inaudible vient troubler le jeu de Rose et de la panthère.
Vigo sauta prestement derrière un fourré et suivit la scène tapi dans les branchages.
Une magnifique femme, sculpturale, presque féline, alla à la rencontre des deux camarades de jeu. Sans aucune crainte, Rose suivit cette fille couleur d’ébène, regagnant la hutte. La panthère, de nouveau, prit son tour de garde devant l’entrée. Et renoua avec sa sieste comme si de rien n’était.

Ces étranges habitants d’Isola était le seul refuge que pouvait trouver Vigo avant la tombée de la nuit. Plusieurs minutes lui firent peser le pour et le contre… Affrontant sa timidité, l’androgyne gagna la lisière de la forêt. Il fallait qu’il se mette à l’abri, et qu’il sache… Il en était certain, la panthère savait ce qu’elle faisait lorsqu’elle l’avait emmené ici. Alors, il s’avança vers la hutte, sûr d’y trouver ce que le destin avait décidé pour lui.

La mystérieuse dame grimée le précéda, et vint à sa rencontre. Déterminée, elle lui prit les deux mains, dans un geste d’immense compassion.
« -Moi Chinue, toi venir, pas peur »
Et comme un enfant,  Vigo se laissa guider.

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27 novembre 2007

Episode 14, par Arthélie - "Double vue"

La nuit était tombée depuis maintenant plusieurs heures. Rose était endormie au coin du feu, lovée contre Oni qui ronronnait dans son sommeil. Chinue était assise à la porte et regardait l’obscurité environnante avec un intérêt inhabituel, comme si elle attendait quelque chose, ou quelqu’un. Oona regardait la scène, assise au chevet d’Arthélie qui n’avait pas repris conscience depuis presque une journée entière. Après avoir essoré un linge imbibé d’un liquide indéterminé - préparé par Chinue - elle reposa la compresse de fortune sur le front d’Arthélie qui s’agitait dans son sommeil…

*

Elle… non… Il arrive… bientôt il sera parmi nous… l’autre moi… pas de bruit… toujours cette fumée… cette lumière… et ces mains qui me touchent… qui me créent…

*

L’agitation d’Arthélie avait cessé d’inquiéter Oona. D’après ce que lui avait dit Chinue, elle l’avait trouvée dans une clairière où poussaient les fleurs d’éveil. Nommées ainsi car une fois qu’on a respiré leur parfum, on a plus jamais la même perception du monde, on voit vraiment les choses. On voit la vérité. Elle lui avait dit qu’il fallait un certain temps pour que la personne qui avait respiré ce parfum revienne de son voyage. Il fallait attendre. Chinue n’avait pas expliqué à Oona comment elle avait réussi à entrer dans la clairière sans être affectée comme Arthélie. Peut-être avait-elle simplement retenu sa respiration, ou alors était-elle déjà « éveillée » et insensible à leurs parfums désormais ? Elle n’en savait rien et ne voulait pas savoir. Pour le moment.

*

Froid… j’ai froid aux mains… il faut que je sache où je suis… je sens cette présence… quelqu’un prend soin de moi… suis-je morte ? Suis-je sur la table ? Je dois savoir ! Réveille-toi !!!!

*

Oona faillit avoir une attaque. Alors qu’elle venait de regarder Rose allongée près du feu elle s’en retourna à sa patiente et la découvrit assise, la fixant du regard avec au fond des yeux cette étrange lueur.

- Madame Ainigriv ! Chinue ! Elle s’est réveillée !

Chinue rentra et vint s’asseoir à côté d’Arthélie. Rose s’était retournée dans son sommeil mais ne semblait pas perturbée pour autant par le cri que venait de pousser Oona. Toutes deux dévisagèrent Arthélie qui les regardait par alternance et n’avait toujours pas prononcé un mot. Arthélie les regardait comme si elle ne croyait pas ce qu’elle voyait.

- Pourquoi n’êtes-vous plus brune ? demanda Arthélie à Oona sans ambages.

- Pardon ?

- Le roux vous va bien, mais cela vous change…Je ne vous avais pas reconnue.

Oona chercha Chinue du regard alors qu’Arthélie se levait comme si elle venait de faire une sieste réparatrice. Chinue rendit à Oona un regard amusé. Elle attendit qu’Arthélie fût assez éloignée et déclara :

- C’est de cela que je parlais

- Mais de quoi ?

- Le parfum des fleurs d’éveil

- Je ne comprends rien, et pourquoi elle me croit brune ?

- Vous Oona, vous ne l’êtes pas, mais celle qui est derrière vous, oui…

Sur ces mots, Chinue se leva à son tour et alla reprendre son poste à l’entrée. Oona resta interdite et se demanda si elle n’était pas en train de devenir folle.

Arthélie se mouvait dans la maisonnée en observant tout comme si elle découvrait un nouveau monde, parfois elle riait et parfois elle fixait intensément un point avant de s’extasier sur une chose qu’en apparence elle était la seule à voir. Soudain, elle se tourna vers la porte. Traversa la pièce d’un pas rapide sous le regard médusé d’Oona. Arthélie s’arrêta à la porte et posa une main sur l’épaule de Chinue. Cette dernière la regarda. Arthélie lui sourit alors et indiqua d’un geste l’orée de la forêt.

-  Je sais, je l’ai senti aussi. déclara Chinue

*

Mon ami arrive… Ce n’est pas chez nous mais nous sommes réunis à nouveau…

*

Un instant plus tard, Beirut* pénétra dans la clairière.

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22 novembre 2007

Episode 13, par Chinue - "Vus"

Assis à un petit bureau dans son cabinet de travail blanc et aseptisé, le Professeur Bartholomé Rubens Plücke prenait des notes. Il observait à intervalle régulier un moniteur placé devant lui, sur le bord duquel était collée proprement une étiquette où on pouvait lire « zone-test 3 ». L’écran allumé montrait une assez petite étendue d’herbe entourée de vieux arbres aux feuilles jaunes. Le plan était fixe, mais des personnages se mouvaient à l’intérieur. Deux plus exactement : une fillette et un grand fauve au pelage sombre.
Le professeur Plücke aimait son travail. Affublé d’un patronyme plutôt ridicule, il avait toujours souffert des moqueries de ses camarades, puis de ses pairs… mais depuis qu’il avait pris ses fonctions d’observateur dans le projet L2, il se sentait important, reconnu, et… agréablement isolé. Sa mission exigeait en effet d’être confiné dans ce laboratoire perdu au milieu de la forêt, à des kilomètres des premières habitations labocitadines. De plus, son goût pour l’ordre et la rigueur étaient comblés par la minutie nécessaire à son observation permanente des sujets testés, minutie que d’aucuns auraient bien sûr trouvée insupportablement fastidieuse. Oui, le Professeur Plücke aimait son travail, et c’est avec fierté - et un léger sourire - qu’il reprit son cahier pour y noter ses observations.

*

Sortant en trombe de la cabane, Chinue courut en direction de la source des cris, bondissant, se courbant avec agilité pour éviter les racines ou les branches, et atteignit en quelques secondes la clairière aux arbres dorés qui s’étalait paresseusement non loin de là. 
La jeune femme stoppa net et ouvrit des yeux ronds : là, au milieu de l’espace clairsemé, une minuscule enfant de 5 ou 6 ans, apparemment inconsciente du danger qu’elle courait, jouait entre les grosses pattes puissantes d’Oni, lui tirant les moustaches, la caressant avec ses petites mains d’enfant, riant aux éclats. Il sembla à Chinue, éberluée, que Oni, quoique observant la petite avec un air supérieur, affichait un rictus empreint de douceur et… ronronnait.
La petite fille tourna la tête en direction de la nouvelle venue. Sa peau aux reflets ocre était plus foncée que celle des femmes que Chinue avait laissées derrière elle, et d’une certaine façon, la jeune femme eut l’impression qu’elles se ressemblaient. Troublée, elle émit un son rauque à l’adresse de son fauve, qui se leva nonchalamment et vint vers elle bien plus de lenteur qu’à l’accoutumée.
Visiblement déçue de voir s’éloigner Oni, la petite fille fit une moue boudeuse (pppff… encore une grande personne), puis s’exclama :
« Ouah, Madame, il est vraiment cool, ton chat. »
Soudain fort intéressée par l’accoutrement de Chinue elle reprit :
« Dis donc t’as un super maquillage sur la figure !! Tu m’en fais un ? »

Rose accepta de suivre Chinue à la seule condition de grimper sur le dos d’Oni, qui se plia de bonne grâce à la volonté de la fillette. L’étrange équipage revint donc à la cabane, au rythme de la démarche chaloupée de la panthère noire. Chinue réfléchissait. Son assurance retrouvée après sa visite à la grotte le matin-même l’avait brutalement quittée… Cette gamine trouvée lui rappelait sa propre enfance…. Son cœur brisé à la mort de sa mère, sa vie solitaire depuis. Son insupportable isolement.
Chinue savait de quoi était constitué le remède que l’Esprit lui avait confié. Elle n’était pas idiote. Elle connaissait toutes les plantes médicinales de la forêt, et l’odeur âcre du remède ne lui inspirait pas confiance. Non, elle ne pouvait pas obéir à l’Esprit de la Grotte. Oh, elle en subirait sans doute les conséquences, mais qu’importait. Elle sentait que sa vie avait déjà changé.

Plus tard ce soir-là, alors qu’à l’intérieur de la maisonnette Chinue appliquait une pâte crémeuse et colorée sur le petit visage de Rose, tandis que Oona veillait Arthélie, toujours en proie à des songes embrumés, et que bientôt Beirut s’enfoncerait à son tour dans l’obscurité des arbres, le papillon multicolore déjà oublié passa en virevoltant à quelques mètres de la cabane, poursuivant sa course vers un arbre touffu sur lequel était fixée, cachée par l’ombre du feuillage, une petite caméra sophistiquée. L’objectif était dirigé vers la porte d’entrée ouverte, couvrant un champ qui s’étendait de la cabane branlante à l’orée de la forêt. Une silhouette sortit de l’ombre des arbres et s’immobilisa. C’était un jeune homme qui, fasciné, observait Oni, couchée sur le flanc devant la porte de la cahute.

*

Dans la clarté chirurgicale de son cabinet de travail isolé, le Professeur Bartholomé R. Plücke, les yeux rivés sur un écran de contrôle, sourit dans sa barbe. Le sujet V. était entré à Isola.

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