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Le blog dont tu es le héros !

18 janvier 2008

Episode 23, par Rose - "L'espace d'un instant"

Isola était figée dans l'instant.
Les oiseaux flottaient dans l'air, les feuilles des arbres demeuraient immobiles, et aucun son ne se faisait plus entendre autour de la cabane.
Rose en sortit en baillant. Elle dévala les marches de branchages et sauta dans l'herbe. Elle émit un petit gloussement amusé en constatant que l'herbe sur laquelle elle avait posé ses pas restait couchée. Sa mémoire était marquée à vif par l'expérience mystico-végétale dont elle venait de se réveiller. Alors que ses compagnons et elle faisaient la ronde, quelques heures auparavant, elle avait respiré le drôle de parfum de ces fleurs préparées par Chinue. Après avoir éternué, un clignement de paupières avait suffi à la transporter hors de sa propre conscience.

Elle avait eu la sensation de gambader, agrippée au dos d'Oni, dans le labyrinthe de verdure d'Isola.

Elle avait observé une petite fille en tous points semblable à elle-même, racontant une histoire à Louléo, dans la froideur de sa chambre du centre hospitalier de l'avenir génétique.

Elle avait enfin su - la révélation d'un instant - qu'elle avait toujours eu cinq ans, et qu'elle resterait toujours une enfant, hors d'atteinte de l'état adulte, quoi qu'il advienne.

Le rêve, la réalité, et l'illumination s'étaient offerts à ses sens. Rose avait su à son réveil quel était son rôle dans cette histoire.

. . .

Arrivée à la grotte blanche, Rose avait décidé d'une petite pause. Elle venait de faire une belle trotte, et apercevant un ruisseau non loin de là, décida de se rafraîchir le visage. L'eau, comme l'ensemble de la forêt, était immobile. La petite se laissa tomber à genoux sur la berge, et caressa la surface du ruisseau. "Ooohaaa !" s'exclama-t-elle. L'eau, sous l'effet du temps figé, était devenue malléable. La sensation due au contact de cette matière hybride sur la peau de ses mains était merveilleuse. Ainsi l'enfant s'accorda quelques minutes pour modeler l'eau selon ses désirs.
Une lumière aveuglante émergea soudain de la grotte, et s'éteignit après quelques secondes aussi vite qu'elle était apparue.
L'attention de Rose se reporta sur son but. Elle se leva et d'un pas décidé entra dans la grotte par la lourde porte entre-baillée.
Elle passa à côté d'une scène figée : Oona par terre, blessée, semblait perdue. Le vieil homme fou, debout, tenant une pierre à bout de bras, regardait le corps d'un homme frêle, étendu au sol. Ses traits lui rappelèrent ceux de monsieur Vigo. Perplexe, la fillette songea à aller aider Oona, mais se ravisa. Ces personnages statufiés étaient hors d'atteinte, cette idée s'imposait à elle comme une évidence.
Une vieille porte de métal au fond de la pièce lui bloquait le passage. Rose fronça les sourcils, puis s'écria "Ahaa !". Elle farfouilla dans son sac à malices, et en sortit la clef qu'elle avait trouvée dans la clairière. Toute langue dehors, elle tourna la clef dans la serrure et tira la poignée de toutes ses forces. La porte grinça sans bruit, dévoilant une cage d'escalier dont la lumière pourtant intense n'arrivait pas à révéler le sommet. Rose poussa un tout petit soupir puis s'élança de marche en marche.
Cinq bonnes minutes plus tard, elle posait le pied sur le sol de l'Etage Suspendu. C'était un espace clos ouvert à tous les cieux, une pièce pleine d'un bazar invraisemblable. Des sarcophages cryogéniques en panne, recouverts de boites à chaussures et d'outils de jardinage, eux-mêmes recouverts d'une phénoménale couche de poussière.
Heureusement pour elle, la fillette savait ce qu'elle était venue y trouver.
Se frayant un passage au travers des tas de badges et de papiers cachetés du Laborat qui jonchaient le sol, Rose arriva devant une petite table blanche épargnée par la poussière. Sur cette table, de petites pièces de métal peintes attendaient leur heure sans piper mot; et pour tout dire, s'ennuyaient ferme.
Rose se mit à l'ouvrage, assemblant les pièces les unes aux autres; remplissant petit à petit le réceptacle gravé à cet effet au sein même de la table.
La dernière pièce du puzzle en main, la petite Rose prit une grande inspiration. D'un geste sûr, précis, et vif, elle posa la dernière pièce à sa place, complétant le motif... déclenchant le mécanisme.
Un bourdonnement naquit dans les interstices du puzzle. Les pièces vibrèrent et se fondirent les unes aux autres. La vibration gagna la table, la pièce, et s'amplifiant sans mesure, finit par gagner Isola toute entière.

. . .

Rose se découvrit les yeux et avança en trébuchant vers l'un des trois murs transparents de la pièce.
Bouche bée, elle contempla le nouveau paysage d'Isola.
La forêt était toujours là, réveillée, et vivante. Mais la ville avait disparu.

. . .

Ce matin-là, à Labocity, une rumeur courait. Elle disait que le quartier d'Isola s'était évanoui dans les airs.

Posté par labocity à 18:30 - laboSTORY - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Enorme, j'adore. Mais quel âge a Rose en réalité ?
Ça c'est du twist comme je les aime. Sans parler du freeze de la forêt et de l'eau malléable. vraiment superbe. Bravo.

Posté par Arthélie, 19 janvier 2008 à 14:14

Merci Arthélie, ça fait plaisir.
Ca me touche d'autant plus que je n'ai pas réussi à intégrer ouvertement la perspective que tu avais mise en place dans ton épisode.
Donc on retrouve ton idée d'histoire écrite des personnages, de mise en abime, juste par quelques courtes évocations comme "rôle à jouer", "toujours eu 5 ans", ou la notion de "personnages"...

Voila, maintenant, bon courage Beirut* !

Posté par Rose, 19 janvier 2008 à 17:10

Etrange...

Sacrée Rose!

Il parait que ton texte est truffé de références littéraires... J'en ai vu une : ce déplacement magique de la forêt... c'est "strange", non?!!
:)

J'aime aussi l'idée de "temps gelé"... Si l'aventure labocitadine durait un peu plus longtemps, je pense qu'il faudrait approfondir cette approche!

Bien joué, Rose, ton épisode est agréable à lire, d'une langue comme toujours élégante et maitrisée... L'action est osée, le retournement final inattendu, et... c'est bien le but de l'exercice!

... A toi Beirut* !

Posté par Alice, 21 janvier 2008 à 10:58

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